L’amour à la potence

 
 
Au premier jour je t’avais mis en garde
je n’suis pas de ceux que l’on aime.
J’ai fait l’effort, baissé la garde,
J’ai pris le risque et t’ai fait reine
.
 
Tout s’est imposé, naturellement,
tes restaus, tes cadeaux, tes amis.
Non accepté, juste passablement
Toi tu t’en foutais royalement
.
 
Je t’ai fait une place, Quelle inconscience,
T’as tout gâché, quelle innocence.
Tous ces baisers à la potence
.
Je ne suis pas de ceux que l’on aime
Mes mots trébuchaient sur ton corps
Je n’étais pas sur que l’on tienne
Crache le enfin, l’amour est mort
.
j’quitte à la nage ta mer infâme,
brûlante, puante, trop enivrante.
Tu vois, je repars à la rame
Plus loin de toi l’impertinente
.
Je t’ai fait une place, Quelle inconscience,
T’as tout gâché, quelle innocence.
Tous ces baisers à la potence
.
Pour moi rien n’peut se dire en face,
Au mieux on hurle, se brise, se casse.
J’préfère partir à la nuit noire,
Broyer ma rage et puis la boire
.
Je vais tout absorber au loin
Mon désir, ma rancune, mon amour.
Je vais tout dégager au matin
Je préfère te quitter mon amour
.
Je t’ai fait une place, Quelle inconscience,
T’as tout gâché, quelle innocence.
Tous ces baisers à la potence

Le Stéréotype inconnu

Lorsqu’il est entré dans la pièce je l’ai reconnu tout de suite. J’avais le dos tourné à l’entrée du restaurant mais sa démarche lourde et pressé était reconnaissable entre mille. Peut-être allait-il être le « parfait », l’exemple absolus ? il avait envahi l’espace rien qu’au son de ses chaussures GEMO. Sa respiration forte dans mon dos signifiait son attente et son excès de tabac. Sans doute arrivé à l’hôtel une heure avant le repas il avait déjà sympathisé avec tout le personnel qui déjà riait dès son apparition dans la salle de restaurant. Il avait un potentiel certain, dans tous les cas un excellent candidat. Il prit place à une table derrière moi, en saluant d’une voix forte et chaleureuse toute la salle. Il y avait surtout des belges et des anglais, ils saluèrent mi-interloqués mi-charmé. Attendant son menu il conversait avec son voisin de table sur le dirigeant de l’hôtel qu’il nommait déjà Patron.

Il remplissait tous les critères, un à un, dans un ordre méticuleux, une vraie machine. Je ne m’étais pas encore retourné mais je savais que je le tenais. Un homme entra, du coin de l’œil je vis une sorte de Woody ALLEN sans les lunettes, une femme de l’hôtel l’orienta vers une table. Une voix forte et fière retentit, « bonsoir Monsieur,  bon appétit et bonne soirée », l’intonation était si étrange qu’une vieille anglaise se retourna, son visage était tordu, elle ne comprit pas et retourna à sa blanquette. Il était donc proche de la perfection, cependant il manquait presque un petit élément, un soupçon de discussions sportives et jusqu’à présent, je n’avais rien entendu de tel. La formule se devait pourtant d’être complète pour être exact : de la vivacité mais un peu d’en bon point, du tabac en excès, une voix forte, une sympathie évidente,  des familiarité légère et une discussion sportive.

A l’évidence, mon bonhomme n’aimait pas le sport et mon repas finit, je m’apprêtais à dire bonsoir à la salle dans mes chaussures GEMO pour rejoindre ma chambre. Je n’osais pas le regarder tant ma déception était grande, sur le pas de la porte j’offre un bonsoir sobre et raisonnable. L’homme me dit bonsoir et bien fort « Bon Match ». Le temps s’arrêta, mes yeux se relevèrent vers lui avec un sourire tout à fait de circonstance, une joie pure et absolue envahit mon visage c’était lui, le stéréotype parfait du commercial. Il était là en chemise large à carreaux, avec la cravate dénouée du soir à la Sardou, légèrement potelé,et les cheveux jaunis par la cigarette. Dans le couloir je fit enfin éclater ma joie, enfin intérieurement, car franchement un soir de finale de coupe du monde qui se soucie d’un match de football retransmit sur TF1 ?

PAS MOI

Mourrir sous un camion ou sur un banc ?

Petite révolte qui m’est apparue ce soir. Allongé dans la chambre d’hôtel logis de France d’un village normand, j’écoute passer le trafic de la départementale 338. La fenêtre ouverte fait voler une poussière si fine qu’elle n’est visible que par la lumière transperçante du soleil du soir. C’est probablement l’un de ces soirs dont on se souvient, si tant est qu’il se passe quelque chose. Un lourd parfum d’été, chargé d’herbes coupées, pas encore séchées mêlé aux doux gaz d’échappements des camions. Les senteurs se mélangent aux moments et se fixent dans la mémoire des enfants d’en bas. Les anciens les regardent, sourient peu mais se souviennent du temps où c’était eux.

Une déviation est en construction à cet instant même, l’illusion que le village va renaître avec la disparition des transports, je le dis tout net, la déviation c’est la mort. Personne ne s’arrêtera plus ici, les après-midi deviendront déserts. Les touristes égarés entreront à tâtons, questionnant leurs cartes et GPS et fuiront ce néant parce que le bar/tabac ferme à 18 heures. Combien de vieux mourront sur ces bancs à force de n’avoir personne à saluer. ?

Sans doute autant que des vieux aplatis par des camions mais au moins cela faisait l’animation, une chaude ambiance les soirs d’hiver, toute ces lumières. Une mort silencieuse sur un banc, c’est ennuyeux et terriblement dépassé, on pouvait mourir ainsi il y a un siècle. Sous un camion il y avait moins de risque, ou il fallait être sacrément original. Aujourd’hui mourir sous un camion est complètement révolutionnaire, un acte militant, assurément. Faire dévier la route et laisser les vieux qui le souhaitent, crever sur des bancs.

Mais qui les relèvera ?

Pas moi.

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